Phare de Saint-Pol (Dunkerque)
Présentation générale

Implanté à l’extrémité de la jetée de Saint-Pol, à plus de 700 mètres du rivage, le phare Saint-Pol constitue l’un des repères majeurs du paysage maritime dunkerquois. Édifié à la veille de la Seconde Guerre mondiale, cet ouvrage élancé en briques et béton, coiffé d’une coupole en cuivre, se distingue par son écriture Art déco sobre et monumentale.
Classé au titre des Monuments historiques, le phare est aujourd’hui désaffecté mais conserve une forte valeur patrimoniale, à la fois comme infrastructure portuaire emblématique et comme témoin de l’histoire maritime du XXᵉ siècle.
Très exposé aux embruns, aux vents et aux agressions climatiques, l’édifice présente de nombreux désordres affectant tant son enveloppe que ses aménagements intérieurs.
L’atelier ARC a été missionné pour assurer la maîtrise d’œuvre de sa restauration, dans le cadre d’une politique volontariste de la Communauté urbaine de Dunkerque visant à préserver ses monuments emblématiques.
Etude de diagnostic
Le diagnostic sanitaire réalisé par L’atelier ARC a mis en évidence une altération progressive et généralisée du phare, directement liée à son implantation en milieu marin et à l’absence d’entretien structurel sur le long terme.
À l’extérieur, plusieurs pathologies majeures ont été relevées : décollement et hétérogénéité du parement de briques du fût, fissurations et éclatements des couronnes de fanaux en béton armé dus à la corrosion des armatures, altérations localisées du socle en béton désactivé, ainsi que dégradations importantes des dispositifs de couronnement (vitrages en plexiglas fissurés, pavés de verre endommagés, corrosion des éléments métalliques).
À l’intérieur, l’obstruction des baies et des puits de lumière a entraîné une mauvaise ventilation et une forte hygrométrie, provoquant la corrosion avancée des ouvrages métalliques, la dégradation des menuiseries et le décollement des parements. Plusieurs éléments d’origine ont par ailleurs disparu ou été masqués par des interventions tardives : sols en mosaïque, parements intérieurs en briques, continuité du garde-corps de l’escalier hélicoïdal.
Ce diagnostic a permis de définir une stratégie d’intervention fondée sur la compréhension fine des désordres, la restitution des dispositions historiques avérées et la stabilisation durable de l’ouvrage.















Conception de projet
Le projet de restauration du phare Saint-Pol s’appuie sur le choix d’un état de référence correspondant à celui de l’édifice avant la Seconde Guerre mondiale, défini en concertation avec les services patrimoniaux. Cette approche vise à restituer la lisibilité architecturale originelle du phare tout en traitant les pathologies structurelles et matérielles identifiées.
À l’extérieur, le projet prévoit notamment la suppression des ajouts tardifs altérant la compréhension de l’ouvrage (revêtement bitumineux du musoir, parement rapporté, porte métallique, vitrages en plexiglas), la restitution du parement spiralé en briques émaillées blanches sur la partie basse du fût, ainsi que la restauration ou le remplacement des couronnes de fanaux en béton. Les baies du rez-de-chaussée seront démurées afin de rétablir l’éclairage naturel et la ventilation du fût.
À l’intérieur, les interventions visent à assainir les espaces, à restaurer les dispositifs fonctionnels historiques (puits de lumière, feux de police), et à restituer certains éléments emblématiques tels que les sols en mosaïque ou le parement intérieur en briques, lorsque les sources archivistiques le permettent. Lorsque l’état d’origine n’est pas documenté, des solutions contemporaines sobres et lisibles sont privilégiées, dans un souci de distinction entre patrimoine et intervention actuelle.
L’ensemble du projet repose sur l’emploi de matériaux compatibles avec le bâti existant et sur des techniques respectueuses de l’édifice, adaptées aux contraintes extrêmes du milieu maritime.




Notice historique

Le phare Saint-Pol est construit entre 1937 et 1938 à l’extrémité de la jetée ouest de Dunkerque, et mis en service en 1939. Il est l’œuvre de l’architecte Gustave Umbdenstock, figure majeure de l’architecture publique du début du XXᵉ siècle, pour qui il constitue la dernière réalisation.
Dès 1940, en raison de sa position stratégique, l’ouvrage est militarisé par les forces allemandes et intégré aux dispositifs du Mur de l’Atlantique.
Endommagé durant le conflit, il est reconstruit à l’identique en 1954, conservant ses volumes, ses matériaux et son vocabulaire Art déco.
Progressivement désaffecté avec l’évolution des technologies de signalisation maritime, le phare demeure un repère fort du paysage portuaire et un témoin emblématique de l’histoire maritime dunkerquoise.
Il est inscrit au titre des Monuments historiques depuis la fin du XXᵉ siècle.